jeudi 8 janvier 2015

 Y PENSER DEVANT :

- Des troubles de la conduction ou du rythme cardiaque .
- Des troubles musculaires à type de parésie inexpliquée.
- Chez tout patient insuffisant rénal connu
Anomalies ECG :
GIF - 52.1 ko
- Ondes T amples, positives, symétriques et pointues, à base étroite
- Elargissement des QRS > 0,12 sec (conduction intraventriculaire)
- Déviation axiale gauche fréquente
- Elargissement et diminution de l’amplitude puis disparition de l’onde P
- pseudo ST+
- Arythmies (TV, FV)
- BAV
- Asystolie

 Confirmer le diagnostic étiologique

Biologie en urgence :
- Ionogramme sanguin avec urée et créatinémie
- Ionogramme urinaire
- pH sanguin ou CO2tot
Eliminer fausse hyperkaliémie :
- Hémolyse
- Prélèvement en aval d’une perfusion
- Leucémie ou syndrome myéloprolifératif (Leucocytose ou thrombocytose marquée)
Diagnostic étiologique :
 - Excès d’apport : 
- Supplément potassique per os ou IV , transfusion de sang.
 - Hyperkaliémie de transfert :  
- Acidose métabolique , déficit en insuline hyperglycémie hyperosmolalité , rhabdomyolyse , exercice , paralysie périodique familiale hyperkaliémique , béta bloqueurs , digitalique succynilcholine
 - Hyperkaliémie par défaut d’excrétion : 
- Filtration glomérulaire diminuée : insuffisance rénale aigue ou chronique
- Hypoaldostéronisme (hyporéninisme ) : âge, diabète , néphropathie interstitielle , uropathie obstructive , LEAD, amylose , AINS
- Hypoaldostéronisme (hyperéninisme ) : maladie d’Addison ,IEC héparine
- Aldostéro résistance : diurètique épargneur de potassium (spironolactone)
- Bloqueur pompe NA/ K : IEC, Bactrim , pentamidine

 CONDUITE A TENIR

Tenir compte de la cinétique d’apparition et de la réversibilité de la cause.
Si K+ > 6 mmol/L ou signes ECG d’hyperkaliémie :
Surveillance scopée, voie veineuse périphérique et chariot d’urgence à proximité.
- 1) Gluconate de calcium 10 % 1 ampoule IV 2 à 3 minutes (peut être répété une fois )
- 2) Puis 20 UI d’insuline et 500 cc G 10% à passer en 20 minutes
- 3) Surveiller glycémie et kaliémie une heure après début du traitement (risque hypoglycémie surveillance) puis surveillance glycémique régulière.
- 4) Réanimateur prévenu prise en charge réanimation de principe à rediscuter en fonction étiologie
- 5) Traiter la cause (arrêt perfusion de potassium, hydratation si tableau insuffisance rénale fonctionnelle , hémisuccinate d’hydrocortisone si insuffisance surrénale aigue cf CODU)
- 6) Kayexalate 1 CM (=15 grammes) donner 1 a 3 CM si voie orale possible sinon par voie rectale (2 CM dans 100 ml d’eau suivi 4 heures après d’un lavement -risque d’occlusion)
si K+ < 6 mmol/L ou absence de signe ECG
- Kayexalate 1 CM (=15 grammes) donner 1 a 3 CM si voie orale possible
Traiter la cause
Si K+ >6 mmol/L persistante (1 heure après)
La conduite proposée se fait habituellement en réanimation et exceptionnellement aux urgences :
- 1) Si acidose métabolique avec pH < 7,25 :
Bicarbonates 4.2 % ou 8.4% 1mEq/kg en 15 à 30 min soit en moyenne 100 mL de bicarbonates de sodium à 4.2% ou 50 ml de bicarbonates de sodium à 8,4% en 30 minutes.
- 2) Si absence de tachycardie, d’antécédent de coronaropathie, de prise de béta-bloquants et si mauvaise tolérance du sérum glucosé + insuline :
Salbutamol 10 mg en aérosol en 15 minutes.
- 3) Si pas d’acidose métabolique si CI au salbutamol inhalé :
Renouveler 10 UI insuline et 500 cc G10 % à passer en 30 minutes.
- 4) Rediscuter l’indication d’une hémodialyse avec le réanimateur.

 Prise en charge ultérieure

- Selon la cause de l’hyperkaliémie, de la gravité et de l’évolution discuter hospitalisation ou retour à domicile .







Introduction
Le polytraumatisé est, par définition, un patient atteint d'au moins deux lésions dans plus de deux régions anatomiques distinctes. Il nécessite une prise en charge particulière, dictée par l'identification et le traitement des lésions menaçant immédiatement la vie, suivant un ordre hiérarchique bien précis. Un schéma préétabli associé à un enseignement et à une reproductibilité de gestes simples, diagnostiques et thérapeutiques, est utilisé pour cette prise en charge. L'ATLS© (Advanced Trauma Life Support, American College of Surgeons : Instructors manual. Chicago, 1997), proposé par l'American College of Surgeon, répond à ces critères et représente actuellement le modèle le plus utilisé. Il offre ainsi une prise en charge standardisée, l'avantage d'un langage commun dans la majorité des pays européens, d'Amérique du nord et du sud, ainsi qu'en Australie (et ceci quelle que soit la spécialité du praticien).
La priorité absolue est donnée à l'évaluation, à l'identification et au traitement des problèmes des voies aériennes (Airway, A) tout en assurant la stabilisation de la colonne cervicale. La prise en charge se poursuit par l'évaluation de la respiration (Breathing, B) avec l'administration d'oxygène à haut débit, puis l'identification de problèmes circulatoires (Circulation, C) avec contrôle d'une éventuelle hémorragie. S'ensuit alors l'évaluation neurologique (Disability, D) et, finalement, une exposition totale du patient (Exposure, E) à la recherche d'autres lésions (tableau 1). Elle impose un déshabillage complet du patient qui doit être suivi systématiquement par la prévention de l'hypothermie (couverture chauffée, liquides de remplissage chauffés, température adéquate de la salle de déchoquage, etc.). Initialement prévu pour la prise en charge de patients polytraumatisés dans un hôpital disposant de ressources limitées (un médecin et une infirmière), ce concept est aussi valable en milieu hospitalier universitaire, ainsi qu'en extrahospitalier.
La prise en charge du patient polytraumatisé présente certains problèmes spécifiques pour l'équipe traitante :
1. le peu d'informations quant aux antécédents médicaux du patient traumatisé ;
2. la présence de lésions à haut risque vital, potentiellement masquées par des lésions non vitales ;
3. l'environnement de travail inhabituel, bruyant et encombré (personnel et matériel).
L'introduction d'une approche organisée et systématique du patient polytraumatisé tant aux Etats-Unis qu'en Europe a permis d'une part de réduire le nombre de décès évitables à 1-2%,1,2 et, d'autre part, d'améliorer le devenir du patient.3 Néanmoins, il persiste un taux de complications dans la prise en charge du patient polytraumatisé lié à une déviance des protocoles standards de 3-5 %.4,5 Ce taux de complications est dû à des erreurs de prise en charge, des variantes dans les procédures diagnostiques ou de traitement dans 40-79%, 15% et 20% respectivement.
Le but de cet article est de rappeler brièvement les principes fondamentaux de la prise en charge et de la réanimation du patient polytraumatisé.
Séquence de la prise en charge du polytraumatisé
La réanimation et la prise en charge initiale du patient traumatisé sont initiées sur le lieu de l'accident par les moyens envoyés par une centrale d'engagement en fonction des mots-clés et des informations transmis à la centrale. En Suisse, et en particulier à Lausanne, les moyens extrahospitaliers engagés peuvent être constitués d'un équipage d'ambulanciers formés aux gestes de première urgence (libération des voies aériennes et maintien de la colonne cervicale, administration d'oxygène et mise en place de voies veineuses périphériques) auxquels s'ajoute, en fonction de la gravité du cas et de mots-clés spécifiques,6 un médecin d'urgence. Ce dernier est acheminé sur le lieu d'accident par un Service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) ou un hélicoptère. Le médecin peut alors débuter les manœuvres de réanimation avancée, telles que l'intubation, la ponction de décharge d'un pneumothorax sous tension ou l'administration de substances spécifiques en fonction de la pathologie traumatique rencontrée. Cette prise en charge initiale doit être initiée sans pour autant retarder l'acheminement rapide vers le centre hospitalier le plus proche apte à traiter la lésion la plus grave. Des critères de déchoquage sont définis pour le CHUV, valables dans le cadre d'un système préhospitalier médicalisé et prennent en compte des variables liées à un désordre physiologique, au bilan lésionnel ou au mécanisme lésionnel (tableau 2). L'hôpital est préavisé depuis le lieu de l'accident de l'arrivée imminente du patient, permettant ainsi une préparation de l'équipe hospitalière.
Le déchoquage
Outre une dernière vérification du matériel de réanimation déjà quotidiennement contrôlé, la préannonce permet également de rassembler une équipe de déchoquage dont la composition varie en fonction des centres hospitaliers, de la masse critique de patients et des ressources allouées par l'institution (tableau 3).7 L'avantage d'une telle équipe est de permettre une réanimation horizontale, c'est-à-dire une prise en charge pluridisciplinaire et simultanée, tout en respectant un ordre des priorités clairement défini. Cette façon de faire permet d'effectuer une réanimation rapide et efficace, mais nécessite la présence d'un chef d'équipe (team leader), dédié à la coordination de la réanimation et au respect des priorités. Ce team leader joue un rôle prépondérant. En effet, il est le chef d'orchestre permettant l'harmonie entre les différents intervenants médicaux et paramédicaux, les musiciens. Il gère les informations venant de l'équipe de déchoquage, les intègre, identifie et priorise le besoin d'examens ou de consultants spécifiques.
La réanimation horizontale
en salle de déchoquage
Elle repose sur l'évaluation du patient et la réalisation simultanée des différents gestes de réanimation par plusieurs intervenants. Le team leader-chef d'orchestre coordonne les interventions et permet ainsi aux différents intervenants-musiciens de s'exprimer sur le problème spécifique ­ la partition dont ils sont responsables.
Ainsi, après le rapport de l'équipe préhospitalière à l'équipe intrahospitalière, celle-ci effectue un quick look (ABC primaire) permettant d'évaluer rapidement l'état clinique du patient sur le chariot de transport et d'anticiper la prise en charge immédiate. Ensuite, le monitoring intrahospitalier est appliqué et le patient transféré sur le brancard hospitalier avec les précautions d'usage (civière à aube si nécessaire).
L'anesthésiste évalue la perméabilité des voies aériennes (A) et communique le résultat au chef d'équipe, afin de déterminer l'adéquation d'un traitement (subluxation de la mandibule, intubation, autres alternatives) tout en assurant une protection et une immobilisation de la colonne cervicale.
La réanimation se poursuit par l'évaluation de la respiration (B) et de l'oxygénation à l'aide de l'examen clinique (auscultation pulmonaire, inspection, palpation et percussion) et du monitoring (saturométrie et prélèvement d'une gazométrie artérielle permettant de renseigner l'équipe sur les échanges gazeux, les paramètres ventilatoires et les désordres électrolytiques et métaboliques). L'évaluation des paramètres circulatoires (C) se fait rapidement par l'évaluation clinique de la perfusion, la recherche de sources hémorragiques et une mesure de la pression artérielle (invasive ou non, selon le cas). On procède ensuite à la pose de deux voies veineuses de gros calibre. Les prélèvements sanguins et le groupement sanguin du patient se font à cette occasion.
L'efficacité de cette réanimation horizontale, lorsqu'elle est bien orchestrée, est de permettre la réalisation en parallèle de multiples démarches diagnostiques sans interrompre la réanimation. Certains vont jusqu'à remettre en question l'ancien adage soulignant qu'une radiographie du thorax ne devrait jamais montrer une image de pneumothorax sous tension («l'image interdite»), ce diagnostic devant se faire sur la base de signes cliniques. Certains centres de traumatologie (notamment au Sydney-Liverpool Trauma Center) insistent aujourd'hui sur la nécessité d'un examen radiologique thoracique très précoce, ce qui conduit à des images prises dans la minute suivant l'arrivée du patient en salle de déchoquage. De même, si la nécessité d'une mise en place d'un drain thoracique est démontrée, cette procédure se fait parallèlement à la poursuite de la réanimation en cours.
Le problème hémodynamique du patient peut être dû à une hémorragie dans cinq régions anatomiques distinctes (tableau 4). Il s'agit d'un point critique dans la prise en charge du patient polytraumatisé avec des modifications de traitements qui évoluent rapidement en fonction des centres, de leur plateau technique et de leur expérience. Actuellement, l'ultrasonographie abdominale spécifique pour le patient traumatisé joue un rôle important dans le tri de ce patient. Ainsi, le FAST (Focused Abdominal Sonography in Trauma) permet d'orienter l'équipe de réanimation pour la prise en charge primaire (identification de certaines lésions menaçant immédiatement la vie) des patients. Cet examen doit être fait rapidement et par un opérateur expérimenté. D'autre part, un patient instable hémodynamiquement, dont les sources principales d'hémorragies sont stabilisées par des mesures simples, peut bénéficier, dans certaines conditions, en fonction de critères prédéfinis, d'un acheminement en salle de cathétérisme en vue d'une embolisation sélective du territoire vasculaire en question.
La place de la radiologie (FAST et embolisation sélective) chez le patient traumatisé instable hémodynamiquement
Dans la salle de déchoquage, les explorations radiologiques sont limitées à une radiographie thoracique à la recherche de signes d'hémomédiastin ou de pneumothorax, à une exploration échographique rapide de l'abdomen à la recherche d'un épanchement intrapéritonéal et à une radiographie du bassin. Cette exploration échographique des quatre quadrants de l'abdomen ou FAST permet de relier une instabilité hémodynamique à un hémopéritoine. Elle ne permet souvent pas de retrouver l'organe lésé (foie, rate, mésentère) et en tout cas n'élimine pas un hémo-rétropéritoine, ce qui, dans ce contexte, est secondaire, puisque sa découverte chez un patient instable reste synonyme de laparotomie. Cet examen permet également la visualisation de liquide dans le péricarde ou dans l'espace pleural.
Les techniques d'embolisation sont utilisées en cas d'instabilité hémodynamique s'il existe une atteinte rétropéritonéale : reins, pelvis. Elles permettent de tarir la source hémorragique tout en profitant de l'effet de compression de l'hémo-rétropéritoine. On utilisera cette technique en cas d'instabilité hémodynamique chez un patient présentant une fracture du bassin malgré une ceinture de contention. Chez les patients répondant à certains critères de stabilité hémodynamique, on peut également traiter les traumatismes hépatiques présentant une hémorragie active visualisée au CT-scan ou bien certains traumatismes spléniques de haut grade, afin de prévenir une splénectomie secondaire dans le but de préserver une fonction splénique.
Les indications à l'embolisation chez un patient polytraumatisé font actuellement le sujet d'études quant aux définitions de critères précis permettant de sélectionner les patients qui pourraient en bénéficier.
Combien de temps un patient polytraumatisé doit-il rester en salle de déchoquage ?
La survie de patients polytraumatisés est liée à l'intervalle de temps entre l'accident initial et la prise en charge définitive du patient.5 Ce qui est vrai pour la prise en charge préhospitalière l'est aussi pour le management intrahospitalier. Ainsi, tout patient arrivant en salle de déchoquage ne pourra pas être potentiellement sauvé tant que le diagnostic et le traitement définitif ne sont pas entrepris. Or, il n'est pas rare d'observer des pertes de temps dues à des procédures diagnostiques peu utiles dans la prise en charge initiale du polytraumatisé ou à des discussions de spécialistes arguant de l'importance de telle ou telle lésion. En suivant l'adage «traiter en premier ce qui tue en premier» (Airway-Breathing-Circulation-Disability-Exposure), on évite de nombreux examens inutiles pour la réanimation initiale. Cette imagerie pourra être faite dans un deuxième temps, une fois le patient stabilisé ou sorti de la phase critique initiale.
Un sondage sur des sites internet médicaux de traumatologues et d'urgentistes internationaux (www.trauma.org) a été fait par le premier auteur de cet article en février 2004. La question posée était : quel est le temps maximal qu'un patient polytraumatisé doit rester en salle de déchoquage ? Les réponses données varient de temps maximaux allant de < 10 minutes (14% des médecins), 10-20 minutes (29%), 20-30 minutes (43%) et 30-60 minutes (14%). Aucune donnée de la littérature ne permet de répondre spécifiquement à cette question. Le bon sens nous permet de dire que la réanimation initiale devrait être faite aussi rapidement que possible tout en assurant le maximum de sécurité pour le patient. La réponse adéquate serait de dire que le personnel traitant doit être sensibilisé au temps qui passe et que si des temps limites devaient être définis (tableau 5), il serait souhaitable que les cinq premières minutes correspondent à la phase de réanimation initiale, l'intervalle suivant (6-15 minutes) correspondant à la phase de stabilisation, suivi de la phase de diagnostic (16-30 minutes). La suite est une phase de fine tuning où les moyens de diagnostics complémentaires sont mis en route en fonction des spécificités de chaque patient. Ainsi, un examen par un CT-scan chez un patient instable hémodynamiquement n'a pas sa place dans la prise en charge initiale, même si les résultats de la radiologie apportent des compléments d'informations quant à d'autres pathologies existantes chez ce patient. Par la suite, l'acheminement du patient se fait vers le lieu de traitement adéquat ou de prise en charge définitive (bloc opératoire, radiologie, soins intensifs).
Conclusion
La prise en charge du polytraumatisé en salle de déchoquage présente un défi constant. Le respect d'un ordre de priorités dans l'évaluation diagnostique, thérapeutique, de même que dans l'utilisation des moyens de monitorage est primordial. Il ne permet pas de libertés individuelles. Les traitements initiaux doivent se concentrer sur les lésions à plus haut risque vital immédiat. Le chef d'équipe joue un rôle essentiel, officiant comme chef d'orchestre entre les différents partenaires de la réanimation. Il permet, grâce au maintien de la synergie entre les individus, un gain de temps et d'efficience.
Nous ne pouvons qu'encourager les différents centres hospitaliers à former leurs équipes spécifiquement pour la prise en charge des polytraumatisés, à établir des protocoles et à définir des critères précis pour toutes nouvelles méthodologies ou thérapeutiques, et ceci dans le cadre d'études prospectives, contrôlées. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra assurer une prise en charge optimalisée, une diminution non seulement de la mortalité mais également de la morbidité et des séquelles à long terme des patients.

 massage cardiaque

Pratiqué dans les premières minutes qui suivent l'arrêt cardiaque, le massage cardiaque permet de faire circuler le sang à partir du cœur et dans tout le corps et ainsi de favoriser le transport de l'oxygène vers les organes. On retarde alors le plus possible la détérioration des fonctions vitales et les lésions dans le cerveau.
1vie=3gestes, Masser
La technique est simple. Masser le cœur de la victime pour faire circuler le sang dans le corps :
  • allongez la victime sur une surface dure,
  • placez-vous à genoux, sur le côté de la victime,
  • Positionner vos mains l'une sur l'autre, au milieu du thorax, entre les deux seins, les bras bien tendus,
  • Appuyez de tout votre poids, bien au-dessus : ce ne sont pas les bras ni les mains qui appuient mais tout le corps,
  • Pratiquez 100 compressions par minute, par séquences de 30 compressions consécutives. Vous devez à chaque fois appuyer très fort, pour enfoncer la cage thoracique de 3 cm à 4 cm. Veillez à bien relâcher entièrement entre chaque compression. Recommencer des séquences de 30 compressions, jusqu'à l'arrivée des secours,
  • Même si vous avez l'impression de mal effectuer le geste, continuez : mieux vaut un massage cardiaque imprécis que pas de massage cardiaque du tout.
Dans les premières minutes, il faut privilégier le massage cardiaque. Mais si vous savez le faire, vous pouvez aussi pratiquer une ventilation pulmonaire (bouche-à-bouche) : 2 insufflations toutes les 30 compressions thoraciques.

introduction
L'intubation orotrachéale constitue un geste courant pour l'anesthésiste-réanimateur. Elle s'effectue le plus souvent facilement, grâce à un matériel simple et dans une position standardisée. L'éventualité d'une intubation difficile (ID), quoique rare, doit être recherchée par un examen préanesthésique systématiquement orienté sur sa détection. L'enseignement pour les médecins en cours de spécialisation et la forrnation continue doivent donner une large place à l'intubation trachéale. Enfin, si tout anesthésiste ne peut maîtriser l'ensemble des techniques décrites en cas d'ID, il doit toujours être capable d'assurer une oxygénation efficace.
Sous l'égide de la Société française d'anesthésie et de réanimation, un comité d'experts s'est réuni pour définir les bonnes pratiques cliniques pour la détection de l'ID, pour préconiser les techniques et matériels à utiliser et pour faire des recommandations sur l'enseignement des techniques alternatives à l'intubation traditionnelle. Ces bonnes pratiques ont pour objectif de réduire la morbidité de l'ID en amenant chaque médecin-anesthésiste à mettre au point l'algorithme et les techniques qu'il utilisera en cas d'ID.



examen pre-anesthesique

Cette détection, par l'interrogatoire et l'examen clinique, doit être systématique lors de toute consultation préanesthésique, même si une anesthésie locorégionale est programmée. Les résultats, précisant les tests utilisés, doivent être colligés par écrit. L'interrogatoire précise les conditions de déroulement des anesthésies antérieures, recherche la notion de lésions dentaires et/ou gingivales. Seront aussi recherchés les antécédents et les signes d'obésité morbide, d'affection rhumatismale, de diabète, de dyspnée, de troubles du sommeil, d'intubation prolongée et de trachéotomie, de traumatismes maxillofaciaux.
L'examen s'effectue en quatre temps, de face et de profil, bouche fermée puis ouverte:
  • temps 1, de face, bouche fermée, pour rechercher une asymétrie mandibulaire, des cicatrices faciales et/ou cervicales, un goitre ou un cou court;
  • temps 2, de face, bouche ouverte, pour préciser l'inclinaison des incisives supérieures, des dents manquantes ou fragilisées et la possibilité de subluxation antéropostérieure de la mandibule. La bouche est ensuite ouverte au maximum, pour évaluer la distance interdentaire et les classes de Mallampati (fig 2). Ces mesures sont effectuées chez le patient assis, regard à l'horizontale, sans phonation;
  • temps 3, de profil, regard à l'horizontale, pour rechercher une rétrognathie et mesurer la distance mentonos hyoïde;
  • temps 4, de profil, avec la tête en extension maximale, pour mesurer la distance menton-cartilage thyroïde.
Les trois éléments suivants doivent être recherchés systématiquement : la mesure de l'ouverture de bouche, l'évaluation de la classe de Mallampati, la mesure de la distance thyromentonnière. Il y a lieu d'envisager une ID chez l'adulte si l'un des critères suivants est retrouvé: ouverture de bouche inférieure à 35 mm, classe de Mallampati supérieure à 2, distance thyromentonnière inférieure à 65 mm.
Les données suivantes doivent être considérées comme des causes d'intubation impossible par voie orotrachéale: l'ouverture de bouche inférieure à 20 mm, le rachis bloqué en flexion, une dysmorphie faciale sévère de l'enfant ou bien des antécédents d'échec d'intubation par voie orotrachéale.



. Classes de Mallampati (en haut) et grades de Cormack (en bas) :
  • classe 1: toute la luette et les loges amygdaliennes sont visibles; classe 2: la luette est particulièrement visible; classe 3: le palais membraneux est visible; classe 4: seul le palais osseux est visible;
  • grade 1: toute la fente glottique est vue; grade 2: seule la partie antérieure de la glotte est vue; grade 3: seule l'épiglotte est visible; grade 4: l'épiglotte n'est pas visible.




Choix des agents anesthésiques en cas d'intubation difficile prévue


La mise en place d'une voie veineuse fiable est un préalable indispensable.
Plusieurs facteurs influent sur le choix des modalités anesthésiques en cas d'ID prévue: la vacuité gastrique, la voie d'abord orale ou nasale, la technique d'intubation choisie, l'état cardiorespiratoire, les contraintes chirurgicales et la coopération du patient. Trois niveaux d' anesthésie peuvent être envisagés: une intubation vigile, définie par un niveau de sédation ne dépassant pas le stade 3 de Ramsay (patient somnolent mais pouvant être réveillé, tableau I); une intubation sous anesthésie générale en ventilation spontanée; enfin une intubation sous anesthésie générale avec curarisation.
Il convient de s'assurer chaque fois de la présence d'un aide et de la disponibilité du matériel pour ID. L'administration d'atropine avant l'induction ( 10 µg.kg-1 IV) doit être systématique, sauf contre-indication. Une préoxygénation d'au moins 4 minutes est impérative . L' anesthésie locale ou locorégionale est recommandée, car elle facilite l'intubation en supprimant les réflexes liés à la stimulation des voies aériennes supérieures. Toutefois, I'anesthésie locale pharyngée comporte un danger accru de laryngospasme chez l'enfant, en particulier lorsqu'elle est réalisée sous anesthésie générale trop superficielle. L'adjonction d'un vasoconstricteur à l'anesthésique local des fosses nasales est souhaitable lorsque la voie nasale est choisie.
L'opposition théorique entre sédation et anesthésie générale doit être abandonnée car il y a une continuité entre ces deux états qui sont obtenus avec les mêmes agents anesthésiques. Le propofol (bolus successifs ou, mieux, perfusion continue) est recommandé dans cette indication chez l'adulte et chez l'enfant de plus de trois ans, lorsqu'une anesthésie est utilisée. Toutefois, d'autres agents anesthésiques peuvent être employés s'ils sont mieux maîtrisés par l'anesthésiste ou en cas de contre-indication. Tel est le cas de la kétamine dans les situations d'urgence. L' halothane et le sévoflurane sont préconisés chez le nourrisson. Il est important de maintenir le même niveau d'anesthésie pendant toute la durée de l'intubation. L'anesthésie légère est un facteur qui concourt à rendre l'intubation plus difficile. La possibilité d'utilisation du masque laryngé ou de techniques d'oxygénation transtrachéale permet d'étendre les indications de l'anesthésie générale. L'adjonction d' un curare à l'anesthésie ne peut être envisagée que secondairement, lorsqu'un relâchement musculaire est jugé indispensable à la réussite de l'intubation, après s'être assuré que la ventilation au masque est possible. Le suxaméthonium est recommandé dans ce cas.
Lorsque l'intubation est jugée impossible, seules les techniques d'anesthésie vigile sont autorisées chez l'adulte, à l'exception des situations où l'oxygénation peut être maintenue.
En cas d'estomac plein, seule l'intubation sous anesthésie vigile doit être pratiquée, et l'anesthésie locale ne doit pas s'étendre au larynx. La titration de la sédation est indispensable pour ne pas dépasser le stade 3 de Ramsay (tableau I).
Tableau I : Scores de sédation selon Ramsay ( 1974).
1. Anxieux et agité
2. Coopérant orienté et tranquille
3. Réponse uniquement à la commande
4. Vive réponse à une légère stimulation de la glabelle
5. Faible réponse à une légère stimulation de la glabelle
6. Aucune réponse à une légère stimulation de la glabelle
Glabelle : saillie osseuse située entre les deux crêtes sourcilières.

Techniques d'oxygénation

Préoxygénation


La préoxygénation est impérative. La méthode de référence est la ventilation spontanée en oxygène pur avec un masque facial étanche, pendant une durée d'au moins 4 minutes. On peut la remplacer par quatre cycles de ventilation à pleine capacité vitale chez les patients anxieux, mais le délai d'apparition d'une hypoxémie en apnée est plus court. La préoxygénation doit être prolongée chez l'insuffisant respiratoire. Le délai d'apparition de l'hypoxémie en apnée est plus court chez l'enfant, la femme enceinte et l'obèse.

Méthodes d 'oxygénation pendant l 'intubation

La méthode d'oxygénation la mieux adaptée doit être choisie avant l'induction. La ventilation manuelle au masque facial est la méthode la plus fréquemment utilisée, mais elle expose au risque de distension gastrique si la pression d'insufflation dépasse 20 cmH2O; elle est parfois inefficace et s'interrompt pendant les manœuvres d'intubation. Lorsque la ventilation au masque est ou devient inefficace, la situation peut rapidement devenir catastrophique si un abord trachéal n'est pas assuré dans les plus brefs délais. Les causes d'échec de la ventilation au masque sont la macroglossie (obésité, grossesse, tumeurs, syndrome d'apnées du sommeil), les fuites au niveau du masque (déformation faciale, barbe, édentation) et des voies aériennes supérieures (plaie, pharyngostome), les corps étrangers et les rétrécissements des voies aériennes (laryngospasme, tumeur, œdème, sténose).
L'administration d'oxygène pendant les tentatives d'intubation est utile chezl'adulte(10 L.min-1)et indispensable chez l'enfant (administration pharyngolaryngée à travers un cathéter ou dans le canal latéral d'un laryngoscope spécialement conçu à cet usage).
L'oxygénation et/ou la ventilation par ponction transtrachéale sont une méthode présentant un faible risque de lésions iatrogènes et qui procure une excellente oxygénation continue. La ponction au niveau de la membrane cricothyroïdienne est recommandée et le calibre du cathéter doit être d'au moins 14 G chez l'adulte. Un matériel spécifique est préférable. L'oxygène est administré par différents moyens (valve d'O2 rapide de l'appareil d'anesthésie, système manuel de jet ventilation, jet ventilateur, voire ballon d'anesthésie si aucun autre système n'est dispon

Techniques pour intubation difficile à l'aveugle

Intubation sur guide long et souple


Dans les cas où la glotte ne peut pas être exposée, il est souvent possible d'introduire un long guide souple (ou bougie, ou jet stylet) sous l'épiglotte puis dans la trachée et qui servira de tuteur à la sonde d'intubation. Cette technique, à utiliser d'emblée lorsque l'exposition de la glotte est insuffisante, doit être maîtrisée par tout anesthésiste. La présence de ce matériel dans tous les sites d'anesthésie est indispensable.
Les guides souples sont préférables aux guides rigides malléables, potentiellement traumatisants. Les guides creux sont recommandés car ils permettent l'oxygénation et l'on peut contrôler leur position, en cas de maintien de la ventilation spontanée, en les raccordant à un capnographe.

Intubation nasale

Cette technique, qui ne nécessite pas de matériel supplémentaire, est simple en théorie. Le repérage du larynx peut se faire au son ou à l'aide d'un capnographe. Cette technique a des inconvénients (50% de succès et risques de traumatismes), qui ne permettent pas de la recommander. Le pourcentage de succès augmente avec l'expérience et le gonflage du ballonnet de la sonde une fois qu'elle a été introduite dans l'hypopharynx.

Intubation à travers un masque laryngé

L'intubation à travers un masque laryngé (ML) présente deux inconvénients. Premièrement, un taux d'échec de 10 à 20 % chez l'adulte, et de 70 % chez l'enfant, du fait des difficultés de positionnement du masque par rapport à l'épiglotte. Ces données contre-indiquent cette technique en pédiatrie. Deuxièmement, la difficulté ou l'impossibilité d'introduire une sonde trachéale d'un diamètre approprié. Le fibroscope bronchique augmente le taux de succès de cette technique, en particulier en pédiatrie.

Intubation rétrograde

L'intubation rétrograde est une technique invasive qui permet une intubation par voie orale ou nasale, sans mobilisation du rachis cervical. Bien qu'elle puisse être réalisée avec du matériel présent dans le bloc opératoire (cathéters veineux ou péridural), l'utilisation d'un kit spécial est préférable. Ses indications sont limitées par la disponibilité des autres techniques, moins invasives. Néanmoins, elle garde une place essentielle, en raison de sa rapidité et de son faible taux d'échec après apprentissage.

Augustine GuideTM, stylets lumineux, CombitubeTM

L'Augustine Guide et le stylet lumineux permettent une intubation à l'aveugle, sans mobilisation du rachis cervical, mais avec un matériel spécifique. Le stylet lumineux est plus efficace et plus rapide que l'intubation nasale à l'aveugle. Le CombitubeTM permettrait une ventilation sans pénétration glottique et avec une protection relative contre l'inhalation. Ces techniques semblent intéressantes, mais les données de la littérature sont encore insuffisantes pour que nous puissions les recommander et déterminer leur place en cas d'ID.

Techniques pour intubation difficile avec vision glottique

Fibroscopie bronchique

La fibroscopie bronchique est actuellement la technique de référence pour l'ID prévue. Elle doit être utilisée en première intention en cas d'intubation jugée impossible. La voie nasale est techniquement plus facile mais plus traumatisante. Les techniques d'anesthésie vigile facilitent son utilisation; elles sont rarement réalisables chez l'enfant. Toutefois, cette technique connaît des limites en raison de 1' obscurcissement de l'objectif (sécrétion, sang), de la modification du tonus de l'oropharynx (anesthésie, curarisation) ou des repères anatomiques (œdème, traumatisme), ou de l'obstruction des voies aériennes. Cette technique n'est donc pas la meilleure dans les situations d'urgence ou après de multiples tentatives d'intubation chez un patient anesthésié. De plus, elle nécessite un apprentissage et une pratique régulière. En revanche, le fibroscope bronchique permet l'administration d'oxygène par le canal opérateur, la vérification de la position de la sonde, le diagnostic et l'appréciation de la sévérité d'une inhalation bronchique, l'aspiration sous contrôle de la vue.

Laryngoscopes spéciaux

Il s'agit surtout des laryngoscopes à fibres optiques (Bullard, Upsherscope) et des laryngoscopes tubulaires (PCV).
Les laryngoscopes à fibres optiques permettent l'intubation essentiellement par voie orale, sans mobilisation du rachis cervical. Les données de la littérature sont encore insuffisantes pour que nous puissions les recommander et déterminer leur place en cas d'ID. Un apprentissage est nécessaire. Ils permettent de résoudre moins de situations difficiles que la fibroscopie bronchique.
Les laryngoscopes tubulaires sont très utilisés par certaines équipes spécialisées, notamment en ORL. Ils permettent de résoudre certains échecs du fibroscope (tumeurs, sécrétions, hémorragie).

Masque laryngé

Le masque laryngé (ML) est facile et rapide à mettre en place, sans laryngoscopie. C'est une alternative à la sonde endotrachéale ou au masque facial, qui autorise le recours à la ventilation mécanique ou le maintien d'une ventilation spontanée. Chaque médecin anesthésiste doit savoir mettre en place un ML chez l'adulte et chez l'enfant. Une bonne expérience est recommandée avant son utilisation dans des cas difficiles. Le ML occupe actuellement une place de choix après l'échec de l'intubation en chirurgie réglée. Une anesthésie profonde facilite sa mise en place. Le ML ne doit cependant pas être utilisé en première intention si l'intubation est jugée impossible. Les anomalies du larynx et de l'hypopharynx sont des causes d'échec de sa mise en place. Les contre-indications du ML sont l'estomac plein et les lésions obstructives des voies aériennes supérieures. Sa principale limite concerne les patients dont la compliance thoracopulmonaire est basse ou les résistances bronchiques élevées, nécessitant des pressions d'insufflation supérieures à 20 cmH2O. Toutefois, entre un risque immédiat d'hypoxie devant une ID survenue en urgence et un risque éventuel d'inhalation bronchique, le ML peut être utilisé en l'absence d'autre solution thérapeutique.

Abord trachéal de sauvetage

Le geste essentiel, devant l'impossibilité d'assurer une ventilation efficace, consiste à assurer une oxygénation à l'aide d'un cathéter transtrachéal. Un abord trachéal chirurgical s'impose en cas d'échec de cette technique.
La trachéotomie est difficile à réaliser rapidement dans les situations d'urgence et de ce fait déconseillée, tout du moins en première intention et en l'absence de chirurgien spécialisé. En revanche, il existe plusieurs dispositifs de coniotomie (ou cricothyroïdotomie) prêts à l'emploi, dont la mise en place est rapide mais comporte un risque élevé de lésions iatrogènes. Seuls les dispositifs utilisant la technique de Seldinger sont recommandés. Mais ils nécessitent un apprentissage. Ces dispositifs doivent être utilisés avec prudence, lorsque les rapports anatomiques du cou sont modifiés (œdème, tumeur, hématome), ainsi que chez le nouveau-né et le nourrisson.

Choix des techniques devant une intubation difficile prévue


L'anesthésiste doit identifier pendant la visite préopératoire la cause anatomique de la difficulté d'intubation; il doit aussi s'assurer que la (ou les) méthode (s) choisie (s) permettra (ont) de la résoudre. Seules des recommandations générales peuvent être proposées, compte tenu de la multiplicité des situations possibles. Il est indispensable d'établir un protocole d'ID tenant compte des situations rencontrées dans la pratique de chacun (fig. 4). Toutefois, les algorithmes proposés ont l'intérêt d'être applicables aux situations d'ID prévue et non prévue. La formation du personnel et la composition du chariot d'intubation difficile sont établies en fonction de ces protocoles. Les techniques d'anesthésie vigile représentent une situation anxiogène dont le malade doit être informé.

Arbre général
Figure 4. Arbre décisionnel général
En dehors de conditions d'urgence, lorsque la technique permettant de surmonter la difficulté n'est pas disponible ou n'est pas maîtrisée par l'anesthésiste, le transfert du patient ou l'appel à une équipe spécialisée est indispensable. Il est le plus souvent inutile de réutiliser la même technique, quand le premier essai a échoué. De plus, au-delà de trois essais, le risque de ne plus pouvoir ventiler au masque devient important. Il faut toujours privilégier les techniques comportant le moins de risques iatrogènes. Comme la priorité est à l'oxygénation, la méthode choisie suppose que celle-ci pourra être maintenue pendant l'ensemble des manœuvres d'intubation. L'éventualité de réveiller le patient doit être envisagée à chaque étape.
Enfin, le choix d'une anesthésie locorégionale ne supprime pas le risque de l'ID (échec ou complications de l'anesthésie locorégionale). Cette situation doit être envisagée avant l'intervention et les moyens pour y faire face doivent être prévus.

Algorithme décisionnel devant une intubation difficile imprévue


La priorité absolue est de maintenir une oxygénation suffisante pendant les diverses manœuvres jusqu'au succès de l'intubation ou à la reprise d'une ventilation spontanée. Les algorithmes sont appliqués en fonction de la possibilité ou non de ventiler efficacement au masque (fig. 5 et 6). La règle principale consiste à prévenir les complications de l'ID que sont l'hypoxie et l'inhalation des sécrétions. Il importe d'accepter à temps l'échec de l'intubation et de demander de l'aide (aide technique et celle d'un anesthésiste senior) . Lorsqu'une oxygénation efficace est obtenue malgré l'échec de l'intubation, le réveil du patient doit toujours être envisagé.
Ventilation inefficace
Figure 5: Arbre décisionnel en cas de ventilation efficace au masque facial.
Figure 6: Arbre décisionnel en cas de ventilation inefficace au masque facial.

Contrôle de la bonne position de la sonde

Il est impératif de contrôler la bonne position de la sonde après son introduction. En dehors de sa visualisation dans le larynx lors de la laryngoscopie (directe ou indirecte), ou dans la trachée par le fibroscope bronchique, le seul test fiable est la mise en évidence d'un capnogramme sur six cycles ventilatoires. Si un capnographe n'est pas disponible, la technique de l'aspiration à la seringue de grande capacité (>50 mL) peut être recommandée. Toutes les autres techniques, en particulier l'auscultation pulmonaire, peuvent donner lieu à des erreurs de diagnostic. L'auscultation pulmonaire est néanmoins indispensable pour éliminer une intubation sélective.

Extubation-réintubation

L'extubation ou le changement de sonde d'intubation peuvent être dangereux en présence d'une affection responsable d'un œdème pharyngolaryngé ou si l'intubation a été difficile. Après une ID, l'extubation ne doit être effectuée que chez le patient conscient.
L'œdème de la région glottique peut être évalué par le test de fuite, qui consiste à dégonfler le ballonnet de la sonde d'intubation; en bouchant cette dernière, on demande alors au patient de respirer. Ceci ne sera possible que s'il existe un espace suffisant entre la sonde d'intubation et la muqueuse des voies aériennes. L'extubation sous fibroscope est une alternative à ce test.
La méthode la plus sûre pour la réintubation est l'utilisation d'un guide, qui doit avoir les qualités suivantes: diamètre et longueur adaptés, lubrification externe, lumière interne pour permettre une oxygénation éventuelle. Cette technique est recommandée lorsque la probabilité de réintubation difficile est jugée élevée.
Chez l'enfant, la réintubation nécessite l'approfondissement de l'anesthésie. Il faut toujours faire précéder chaque manœuvre d'une ventilation en oxygène pur pendant au moins 4 minutes. La fibroscopie bronchique peut être indiquée dans le bilan postextubation suivant une ID.

Chariot d'intubation difficile

La présence d'un chariot regroupant le matériel utile pour une intubation difficile est recommandée à proximité de tout site d'anesthésie. Son emplacement doit être connu de tous et clairembnt identifié. Sa composition doit être établie par l'ensemble de l'équipe d'anesthésie en fonction du type de patients (adultes, enfants, urgences), du type de chirurgie et des compétences et pratiques des membres de l'équipe. La vérification régulière du matériel est indispensable. Ce chariot doit comporter au minimum, les instruments suivants: un mandrin souple, long, béquillé, des masques laryngés, des sondes d'intubation spéciales (de faible diamètre et rigides), et un cathéter transtrachéal avec un système raccordable sur une source d' oxygène à haute pression. Un fibroscope bronchique doit être immédiatement disponible si l'intubation paraît impossible avec les techniques usuelles.
Le patient qui a été difficile à intuber doit être prévenu de l'événement. Il serait souhaitable que lui soit remis un document précisant la survenue d'une ID et ses causes, les moyens utilisés pour y faire face et les coordonnées de l'anesthésiste qui a été confronté au problème.

Enseignement des techniques employées en cas d'intubation difficile


Quelques faits doivent être rappelés: l'intubation difficile imprévue reste rare et le nombre de techniques décrites pour faire face à cette éventualité redoutable est tel que chacun ne peut connaître qu'un certain nombre d'entre elles.
Deux niveaux d'enseignement doivent être définis: celui offert aux internes de spécialité tout au long de leur cursus de formation; celui dont doivent bénéficier les anesthésistes qualifiés.

Enseignement des internes dans le cadre de leur formation

Cet enseignement doit comporter une partie théorique et une partie pratique.

Partie théorique

  • Connaître l'anatomie normale du larynx.
  • Connaître le contexte et les signes cliniques évocateurs d'une intubation difficile.
  • Apprendre à construire et à discuter des algorithmes décisionnels, en fonction des moyens disponibles et des anomalies susceptibles de se présenter.

Partie pratique

  • Données de base: la position d'intubation modifiée de Jackson; les modalités d' introduction du laryngoscope de Macintosh chez l'adulte et l'enfant; les techniques de contrôle du bon positionnement de la sonde d'intubation.
  • Petits moyens utiles en cas d'intubation difficile: la technique avec lame droite « chargeant » l'épiglotte; la compression du cartilage cricoïde; l'utilisation des guides malléables creux et pleins; l'utilisation des stylets lumineux.
  • Pose du masque laryngé et intubation à travers celui-ci
  • Oxygénation transtrachéale.
  • Intubation rétrograde.
  • lntubation avec un fibroscope.
Ces techniques peuvent être apprises en faisant appel au laboratoire d'anatomie, au mannequin et aux simulateurs. Ultérieurement, il conviendrait qu'au cours de leur formation les étudiants puissent les pratiquer sur des patients.

Formation continue des anesthésistes qualifiés


Des stages de formation doivent être organisés dans un cadre institutionnel, par exemple sous le contrôle du Collège français des anesthésistes-réanimateurs. Ces stages doivent permettre une formation théorique et pratique (avec des mannequins et au bloc opératoire). Ils doivent conduire à la délivrance d'une attestation de présence et chaque stagiaire doit pouvoir évaluer l'intérêt du stage. Ces stages doivent être suffisamment nombreux pour que tout anesthésiste puisse revenir à intervalles réguliers (tous les 2 à 5 ans) pour maintenir et perfectionner l'expérience pratique acquise.
En conclusion, il apparaît licite de recommander que chaque anesthésiste pratiquant en France domine les techniques suivantes applicables en cas d'ID:
  • l'utilisation d'un laryngoscope à lame droite;
  • l'utilisation des différents guides malléables (creux et pleins);
  • la pose du masque laryngé;
  • l'oxygénation transtrachéale;
  • l'intubation rétrograde.
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